Observatoire

La technique MINISETT appliquée aux semences d’igname en Haïti

De nombreux acteurs (ONG, instituts de recherche, organisations paysannes, etc.) ont œuvré à la diffusion de la technique du Minisett en Haïti. Cette technique, qui permet la multiplication des semences d’ignames, a été diffusée progressivement sur le territoire haïtien, en s’adaptant à chaque étape au contexte local.

Auteurs(s)

Fiche rédigée par Pauline Riffier

Programme

Démarrage : 1990

Lieu de réalisation : Haïti

Organisme(s)

Ministere de l’Agriculture des Ressources Naturelles et du Developpement Rural

Montreuil 93100

Salagnac

Site internet

ORIGINE ET CONTEXTE

Même si l’igname est une des principales cultures de rente en Haïti, sa production n’est pas optimisée en raison des attaques de parasites et d’un procédé technique traditionnel de multiplication des semences peu productif. Dans les années 1960-70, un institut de recherche nigérian, le National Rootcrop Research Intitut Umudike, avait mis au point la première version de la technique Minisett (produire des semenceaux en utilisant des fragments de 25-50 grammes d’ignames traités chimiquement). Des chercheurs haïtiens avec l’aide des ONG et des institutions de financement internationales ont entrepris de l’introduire en Haïti dans les années 90 pour répondre aux difficultés de la culture d’igname.

Objectifs

– Eviter d’avoir à prélever une trop grande part de la récolte précédente pour obtenir de nouvelles semences
– Accroître la capacité de multiplication des semences d’ignames en standardisant des semenceaux résistant aux parasites

ACTIONS MISES EN OEUVRE

La technique Minisett utilisée en Haïti aujourd’hui est le résultat d’interactions entre les acteurs du système d’innovation et le milieu. Les actions mises en œuvre dans le cadre de ce processus d’innovation peuvent être regroupées en trois phases avec des approches de diffusion d’innovation et de transmission de connaissances différentes :
>> Phase 1 (1990) : une technique exogène calquée sans prendre en compte les caractéristiques du territoire : les résultats de l’introduction de cette technique ont été décevant, car elle a peu été adoptée par les agriculteurs haïtiens (voir Difficultés)
>> Phase 2 (1995) : amélioration de la technique et prise en compte des conditions pédoclimatiques haïtiennes : la création de la CIPDSA (Commission Intersectorielle de Production et de Distribution des Intrants Agricoles et des Semences Améliorées) permet la présence d’un leader dans la diffusion de cette technique. Cependant, une logique trop productiviste et une trop grande dépendance aux intrants chimique restent des obstacles majeurs à l’adaptation de cette technique au milieu agricole haïtien.
>> Phase 3 ( 2001) : succès de la diffusion de la technique grâce à la prise en compte des savoirs paysans locaux : les acquis de la CIPDSA, la création du SNS dans la continuité des travaux de la CIPDSA, mais avec une vision plus botton-up et l’appropriation de la technique Minisett par les agriculteurs ont permis de donner naissance à une technique « hybride » plus adaptée au contexte local, car non dépendant d’intrants chimique et adaptée à un contexte d’agriculture saisonnière pluviale.

La technique Minisett haïtienne consiste donc à 1) choisir des tubercules sains dans une récolte 2) découper un plant en fragments de 100g à 200g, 3) traiter ces fragments contre les maladies, de préférence avec des produits locaux et non phytosanitaires (purée d’orange amère, cendre de feu, chaux), 4) les mettre en « germoir » pour qu’ils poussent et créent de nouveaux plants

Résultats et impacts, quantitatifs et qualitatifs

– Les paysans ont pu augmenter la productivité de leur travail, leurs revenus, diminuer leurs coûts, et augmenter leurs rendements (car la transplantation de fragments n’oblige plus les paysans à sacrifier des ignames entières)
– Dans sa dernière version, cette technique permet de diminuer la dépendance vis-à-vis des aléas climatiques ou économiques, et vis-à-vis des intrants chimiques, et donc d’augmenter l’autonomie et la résilience des exploitations agricoles haïtiennes.
– La mise au point de cette technique a généré des emplois comme ceux des semenciers
– La croissance de la production d’igname à Salagnac a permis une re-capitalisation des exploitations familiales et une professionnalisation des paysans (acquisition des compétences dans la production de Minisett).
– Elle contribue aussi à la stabilisation des flux alimentaire car elle permet d’avoir des tubercules dans les périodes hors saisons

Originalité

La conception de la technique Minisett repose sur la synthèse des savoir-faire et les interactions entre les différents acteurs intervenus (principalement les chercheurs et les producteurs d’ignames). Il est particulièrement intéressant de voir comment une innovation technique a dû s’adapter aux conditions d’une production agro-écologique en tenant compte des savoirs-faire paysans et des ressources naturelles locales suite au constat d’échec de la première tentative d’introduction.

Partenariat(s)

– Phase 1 : les ONG sont les principaux acteurs de la promotion de la technique, et travaillent en partenariat avec des fermes d’expérimentation (notamment Vallée de Jacmel, leader technique) et des producteurs privés de semences, avec le soutien d’organisation internationales (FAO, UE)
– Phase 2 : rôle de leader du CIPDSA qui travaille en partenariat avec les instituts de recherche (rôle technique d’amélioration des semences) et des entreprises privées. Les ONG participent à la diffusion de la technique, cette fois en collaboration avec des Organisations Paysannes, qui assurent un meilleur ancrage territorial et une vulgarisation de la technique.
– Phase 3 : le Système National Semencier (SNS), créé en 2001, devient le nouvel organisme en charge de la régulation de la production et vente de semences. Avec une vision plus communautaire, il travaille en partenariat avec les ONG, qui embrassent cette vision.

Retour d’expérience

Difficultés et/ou obstacles rencontrés pendant la mise en œuvre :

Les phases 1 et 2 ont été des échecs car elles ont rencontré les difficultés suivantes :
– Dépendance par rapport aux intrants industriels (produits phytosanitaire, engrais), trop lourde pour les micro-structures d’agriculture familiale, qui représentent une grande partie des cultivateurs d’igname
– Dans la phase 1, incohérence entre les actions des différentes ONG, dont les projets ne s’inscrivaient que dans le court terme et étaient trop éphémères pour emporter l’adhésion des agriculteurs haïtiens, qui ont besoin de pouvoir s’assurer des récoltes sur le long terme.
– « Paquet technique » exogène non adapté au contexte d’agriculture pluviale et aux contraintes climatiques locales

Solutions adoptées pour répondre aux difficultés et/ou obstacles :

Adaptation de l’innovation technique au contexte local grâce à la prise en compte des réalités agronomiques et socio-économiques:
– Travaux sur le financement du processus, la mise en place de politiques macro, et expérimentions au niveau national (Centres de recherche et d’expérimentation, ONG et instances internationales)
– Travaux sur le processus de transfert de connaissances, et sur la confrontation de savoirs ou de savoir-faire (Ministère de l’agriculture, fermes d’expérimentation régionales et organisations paysannes)

Améliorations futures possibles :

Deux voies d’amélioration possibles:
– Une trajectoire d’intensification agro-écologique qui consisterait à continuer les recherches pour optimiser de plus en plus cette technique (taille optimale des semences, combinaison optimales des ressources naturelles locales, associations culturales etc…..)
– Une trajectoire bipolaire avec la spécialisation des grandes exploitations vers un modèle plutôt productiviste et les petites exploitations qui s’orientent vers le modèle d’intensification-écologique et des politiques de régulations de ces deux types de productions et de marchés.

Présentation des facteurs de réussite et conseils pour une généralisation ou un essaimage :

PRESENTATION DES FACTEURS DE REUSSITE POUR LA MISE EN ŒUVRE DU PROGRAMME
– La technique Minisett a su tenir compte des savoirs paysans, optimiser l’utilisation des ressources naturelles (amélioration des interactions entre les plantes, l’écosystème), les connaissances et savoir-faire, et reste sans danger pour l’environnement et sans externalités négatives
– Les agriculteurs haïtiens se sont appropriés le projet en adaptant la technique Minisett à leurs modes de travail et de pensée, préférant les traitements naturels aux insecticides et fongicides
– L’organisation d’un système d’acteur et d’un travail en partenariat a été déterminante pour adapter la technique Minisett aux conditions locales et aux enjeux agro-écologiques haïtiens
– Après le développement par les spécialistes (stations de recherche, ONG, professionnels et organisations paysannes), la production du Minisett s’est démocratisée au niveau des petits producteurs qui la réalise eux-mêmes.

CONSEILS POUR UNE GENERALISATION OU TRANSPOSITION DU PROGRAMME
– Les paysans et leurs organisations paysannes ont joué un rôle important dans l’adaptation de la technique à leurs conditions économiques : économie de traitements chimiques, calibrage des semenceaux, etc
– La production d’igname est une culture de rente qui exige des sols profonds et fertiles.

Idées de sujet(s) de recherche fondamentale ou appliquée, utile(s) pour le présent programme :

Des expérimentations sur une version de Minisett sans exigence d’utilisation d’intrants chimiques ont été conduites. Des recherches pourraient donc être poursuivies en ce sens (voir amélioration futures possibles).

Références

Boyer, J. Temple, L. Scutt, R « Etude de cas : La technique Minisett en Haïti, une innovation co-construite entre chercheurs et producteurs dans le respect des conditions locales et des enjeux agro-écologiques » FACTS REPORTS (Numéro Spécial 9, 2013)

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Comité de lecture
Date de lecture de la fiche
2014-04-15
Localisation
Haïti
Appréciation(s) du comité
Description du programme incomplète
Domaine
EnvironnementAgricultureAménagement, développement local
Type de structure
Association, collectif, ONGEtablissement académique ou de recherche
Envergure du programme
Nationale
Bénéficiaires
Population rurale
Type d’action
Services d’accompagnement Formation, gestion, aide technique, juridique…
Type d’objectif
Préservation de la qualité / fertilité des solsValorisation du patrimoine technique (savoir-faire)Sensibilisation des consommateursMaintien et/ou création direct(e) d’emplois
Localisation
Licence

Copyright: Licence Creative Commons Attribution 3.0
Pour citer un texte publié par RESOLIS:
Petit Monique, « Atelier 44, un atelier de menuiserie où l’esprit et le geste ne font qu’un », **Journal RESOLIS**